Lancé le 1er janvier, le projet « Larra-La Pierre 360 », majoritairement financé par des fonds européens, promet des investissements majeurs pour faire entrer le Haut-Béarn dans une autre dimension touristique.
Paysage couvert de neige mais surtout brouillard à couper au couteau : l’atmosphère ily a quelques jours au col de la Pierre Saint-Martin collait parfaitement à la thématique du jour. La démarcation entre la France et l’Espagne était invisible : il ne pouvait y avoir plus belle symbolique au moment où figures politiques des Pyrénées-Atlantiques et de Navarre, accompagnées de plusieurs autres partenaires, avaient donné rendez-vous au sein de la station Larra-Belagua pour célébrer le coup d’envoi du projet européen et transfrontalier « Larra-La Pierre 360 » qui vise à promouvoir un tourisme durable et accessible à cheval entre la vallée de Roncal et le Haut-Béarn.
« Parfois on dit même qu’il n’y a pas de frontière », souriait Julen Garjon responsable de Larra-Belagua. Ce projet vise à le démontrer dans une nouvelle ère de la coopération transfrontalière. L’histoire n’est effectivement pas nouvelle, comme en atteste la signature du Tribut des Trois Vaches en 1375, plus ancien traité encore actuellement en vigueur en Europe et folklore vieux de six siècles qui voit chaque été les maires béarnais de la vallée de Barétous remettre à leurs homologues de la vallée de Ronca, trois vaches.
Là, il n’est plus question de bovidés pour témoigner autant d’une amitié que d’une volonté de bâtir ensemble mais de millions d’euros pour un projet dont le coup d’envoi fut donné en réalité le 1er janvier et qui doit s’achever 36 mois plus tard, le 31 décembre 2028. Soit trois ans pour développer un tourisme durable en faisant le pari qu’il soit moteur de croissance économique, de maintien de la population et de création d’emplois.

3 M€ pour le Haut-Béarn
L’ambition se lit dans les chiffres : 4,977 millions d’euros, dont 3,25 millions d’euros (environ 65 %) de dépenses éligibles financées par le programme Interreg POCTEFA 2021-2027 de l’Union européenne.
Dans le détail, c’est une enveloppe de 1.97 millions d’euros pour la Navarre (dont 1.3 M€ du Poctefa). Et 3 millions d’euros pour les projets en Haut-Béarn, (dont 1.95 M€ du Poctefa) « avec des actions structurantes et diversifiées », vante le Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques. « On veut travailler sur la diversification et la saisonnalité en respectant le site et ses richesses », dit Rose-Marie Esclarmonde, en charge du Plan montage pour le Département
Les promesses sont multiples : valorisation des sentiers et patrimoine naturel ; scénarisation et valorisation des sentiers à Aramits ; mise en valeur de cabanes pastorales à caractère patrimonial (Aramits) ; création d’un sentier de ski de randonnée ; rénovation et amélioration des infrastructures ; rénovation du chalet Nelson Paillou à Arette ; aménagement de la Maison de la Pierre Saint-Martin avec création d’activités indoor ; amélioration du bâtiment d’accueil du Gouffre de la Verna ; développement de l’offre touristique et activités ; amélioration du parcours client et diversification des activités touristiques à La Pierre Saint-Martin. Mais aussi la mise en valeur du col de La Pierre Saint-Martin avec rénovation de la borne de la junte, arrivée de l’eau et aménagements pour améliorer l’offre vélo. Pour s’occuper jusqu’en décembre 2028, il y a aussi la perspective d’aménagements touristiques dans le bourg d’Arette et des études de faisabilité pour de nouveaux projets d’intérêt touristique comme un géoparc.
« Ces actions visent à renforcer l’attractivité touristique, à préserver le patrimoine et à proposer des activités variées adaptées à tous les publics, dans le respect de l’environnement et de la montagne », appuie le Département.

« Un nouveau défi pour le département »
Côté Navarre, le projet financera la création d’un itinéraire de ski de randonnée et de raquettes reliant Larra-Belagua et La Pierre Saint-Martin ; la mise en place d’une nouvelle via ferrata et d’une zone d’escalade ; l’extension et l’amélioration des pistes de ski d’El Ferial et de La Contienda etc.
Mais sur le fond, tout est enchevêtré. « On veut dynamiser en travaillant tous ensemble par le biais d’acteurs transfrontaliers », résume Rose-Marie Esclarmonde. Comme une évidence pour Pierre Casabonne. Le maire d’Arette convaincu de voir dans la célébration de ce « très beau projet », « un jour très important pour le territoire où l’histoire se mélange à la géographie. Il y a une obligation de réussite et de nous impliquer à 250 % pour répondre à cette urgence de travailler sur notre territoire. Un devoir d’entraide s’impose à nous. »
Rose-Marie Esclarmonde assume l’enjeu : « Ce territoire est un patrimoine naturel et géologique unique. Il faut le maintenir vivant afin que les jeunes générations puissent continuer à y vivre. »
« Plus qu’un projet ambitieux, c’est un pari, un nouveau défi pour la montagne pour continuer à être attirante entre tradition et modernité », validait Rebeca Esnaola, Ministre de la Culture, des Sports et du Tourisme du Gouvernement de Navarre.
Si ces Pyrénées le valent bien – « Cette montagne que nous adorons tous est un trésor naturel, patrimonial, historique et culturel » soulignait Jean-Jacques Lasserre -, le président du Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques relativisait le pari : « L’offre va aller dans le sens d’un intérêt sans cesse croissant. C’est une initiative moderne dont la société a besoin. »